A mon arrivée au Chili, l’objectif était clair : je voulais aller en Patagonie, et le plus vite possible, pour en profiter avant l’arrivée de l’hiver. C’était sans compter les retrouvailles avec mon ami Pisco Sour, rencontré à l’île de Pâques…
A cause de lui, je suis encore restée bloquée une semaine à Santiago, la capitale… J’avais pourtant juré qu’on ne m’y reprendrait plus ! Heureusement, mon ami Alex m’a rejointe rapidement, et c’est donc ensemble que nous avons exploré les quartiers sympas de la ville : barrio Paris-Londres (jusque là ça va, je suis pas trop dépaysée), Bellavista, Providencia…

Il suffit de grimper en haut de la colline de San Cristobal pour se rendre compte de l’étendue de l’agglomération urbaine de Santiago: 15.000 km², soit environ 7 fois Paris… Là, ça commence à dépayser !

Le marché central est un régal pour les yeux et l’estomac, ça fait du bien de retrouver un peu l’euphorie de la ville…

Côté culture, on visite la maison de Pablo Neruda et le palais Cousiño, et je m’étonne de la richesse amassée par ce propriétaire de mines et de vignobles… Le Chili semble regorger de trésors, dont malheureusement tout le monde n’a pas profité, comme toujours ! C’est sûr, la dictature est encore dans les murs, et les Chiliens ne sont pas d’un naturel très avenant. Mais quand il s’agit de faire la fête, ils sont bien là ! Grâce à mon ami Alejandro, on a bien profité de la vie nocturne chilienne : bonnes bouffes, discussions animées avec des Sud-américains de tous bords… et même un concert de hip-hop assez phénoménal !

Mais revenons donc à la Patagonie…
Je ne sais pas pourquoi cette région me faisait tant rêver, j’avais dû vaguement parcourir un reportage du National Geographic, mais je n’avais même pas encore lu l’excellent livre de Bruce Chatwin… En tout cas, ça faisait partie des incontournables que je m’étais fixés avant de partir. Et pas question de prendre l’avion – ça, non ! – en dépit de l’avis de Michel
En Amérique du Sud, j’avais décidé de prendre mon temps, et puis je voulais la mériter, ma Patagonie… Je savais qu’on ne pouvait pas rejoindre l’extrême Sud du pays par la terre, pour la bonne raison qu’il n’y a aucune route de ce côté du continent, trop accidenté ! Seule solution : le bateau. Qu’à cela ne tienne, j’avais déjà entendu parler de cette croisière le long des fjords, je savais que c’était hors de prix, mais j’étais bien décidée à m’offrir ça, une fois dans ma vie ! En discutant avec mon voisin à l’auberge de jeunesse à Santiago, j’appris qu’il y avait en fait deux compagnies de bateau – preuve que ce n’est pas la peine de trop bien préparer son voyage, on trouve toujours des gens super calés dans les AJ ! – la première coûte en effet une petite fortune, et fournit une prestation de type 5 étoiles, avec buffets indécents à volonté, et whisky servi sur des glaçons en provenance directe du glacier situé à portée de Zodiac… Très peu pour moi, merci !
La deuxième option, c’était donc le fameux Navimag… En fait, il s’agit d’un cargo qui ravitaille les villages reculés du Sud du pays et prend des passagers pour amortir le coût du voyage. Je ne résiste pas à l’envie de citer le Lonely Planet, qui a rebaptisé ce bateau ‘The Good, The Bad and The Ugly’ – aïe, ça s’annonce risqué ! En plus, j’entends déjà dire que les refuges sont fermés, qu’il fait déjà super froid, et que ça ne sert vraiment à rien d’aller dans le Sud à cette époque de l’année… Bon, si j’ai pas écouté Michel, c’est pas pour me laisser impressionner maintenant… Même si je dois y laisser des bouts de doigts et d’oreilles, j’irai en Patagonie, non mais ! Et puis, je ne me suis quand même pas traînée cette veste polaire depuis 3 mois dans mon sac à dos pour rien…
Je m’attends donc à tout, et suis finalement assez agréablement surprise quand je monte à bord : le bateau n’est pas si pourri que ça ! C’est même plutôt confort, car je partage une cabine de 4 avec une jeune Espagnole vivant au Pérou. On rigole bien ensemble d’entrée de jeu et je vais pouvoir pratiquer mon espagnol
Chouette !

Au départ, on reste bloqués 24 heures au port parce que 1. le bateau est arrivé en retard et 2. l’un des ponts mobiles est cassé – celui par lequel on est montés à bord, c’est rassurant
… Mais on est nourris-logés, le soleil est de la partie, et – surprise, il y a quand même une bonne cinquantaine de fêlés prêts à tenter l’aventure comme moi, donc ça s’annonce plutôt bien ! L’équipage est très ouvert à la discussion, et notre guide Andrea, pétillante et pleine d’humour, déploie une énergie incroyable pour rendre la traversée la plus ludique possible.

C’est parti pour 4 jours de navigation à travers les 14 000 îles qui séparent la ville de Puerto Montt du détroit de Magellan ! Nous observons tour à tour baleines, phoques et dauphins, ce qui donne un peu de vie à cette carte postale en mouvement permanent. Et surtout des paysages sublimes et des ciels incroyables, de toutes les couleurs…



Je passe rapidement sur LA journée où le bateau doit sortir en pleine mer… pas chouette pour ceux qui n’ont pas le pied marin
Le reste du temps, c’est films, conférences, rigolades et parties de cartes qui nous occupent du matin jusqu’au soir.

D’accord, il ne fait pas chaud dehors, mais cette traversée est vraiment un temps fort du voyage… On est tous un peu décontenancés quand on arrive au terme du voyage, au port de Puerto Natales, au petit matin. La seule chose qui nous console, c’est le bon petit déj qu’on va pouvoir se payer une fois à terre ! Cette drôle de ville semble à moitié déserte (bon, on est en fin de saison, d’accord) mais déjà les montagnes au loin nous appellent…

La voilà, la Patagonie ! Cette terre incroyable, à cheval sur une frontière, qui relie le désert aux fjords glacés, pays de tous les extrêmes, il n’y avait qu’un Français qui pouvait s’en auto-proclamer roi… Pourtant ici, les maîtres des lieux sont clairement le ciel, le soleil, la mer, les rochers… la force des éléments naturels me prend aux tripes. Jean Raspail a écrit, “la Patagonie a un roi naturel : le vent. Il y souffle en tempête les trois quarts de l’année et détruit toute tentative de la végétation à se hausser au-dessus de l’élévation d’une touffe d’herbe.” En effet, j’ai bien cru à plusieurs reprises que j’allais m’envoler… Et pourtant ce n’était plus la saison du vent ! Même la Bretagne à côté c’est peanuts

En revanche, c’est décidément la bonne saison pour visiter la région, d’abord parce que les couleurs d’automne sont incroyables, et ensuite parce qu’on a les sentiers de randonnée pour nous tous seuls, ou presque… Ah, j’ai bien fait, de ne pas écouter Michel !


Quatre jours de trek dans le parc de Torres del Paine pour me dégourdir les jambes (j’ai pas fait le “w”, mais j’ai fait un “μ”, c’était plus rigolo) et hop ! direction l’Argentine…
Publié par Nath
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